L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES

  • Google DeepMind a annoncé le 6 novembre que des agents d'IA supervisés par des humains ont mis au jour deux faiblesses du RSA 1024 bits, avec des chercheurs de l'UC San Diego et de l'Inria.
  • Le premier résultat touche la falsification de signatures avec remplissage (un gain théorique d'environ 1 600 fois dans un cas difficile) ; le second divise par 30 environ le coût moyen de chaque clé supplémentaire factorisée en lot.
  • Aucune clé 1024 bits n'aurait été cassée en conditions réelles et DeepMind assure que le RSA 2048 bits n'est pas touché ; la presse ne renvoie vers aucun article scientifique.

Google DeepMind a indiqué le 6 novembre que des agents d'IA, encadrés par des experts humains, avaient révélé deux faiblesses du RSA utilisé avec des clés de 1024 bits, une taille jugée depuis longtemps trop faible. L'annonce a été faite par Pushmeet Kohli, vice-président chargé de la science chez DeepMind. D'après OfficeChai et Interesting Engineering, les travaux ont été menés par les chercheurs de DeepMind Dj Dvijotham et Abhradeep Thakurta, avec les cryptographes Nadia Heninger (UC San Diego et Inria) et Emmanuel Thomé (Inria).

Deux résultats distincts

Le premier porte sur les signatures numériques. Le remplissage (padding) est censé empêcher la falsification de signatures RSA, mais selon les chercheurs, il n'apporte presque plus de protection dès que l'attaquant contrôle à peu près la moitié du bloc signé, ou davantage. Lors d'un test en environnement isolé sur une clé de référence de 1024 bits issue de travaux universitaires antérieurs, l'implémentation produite par les agents a reproduit une falsification connue avec 3,5 fois moins de temps processeur, et moins d'un millième du calcul nécessaire pour factoriser cette clé. Dans un cas plus difficile, où l'attaquant ne maîtrise qu'une empreinte de 32 octets, les agents ont proposé un nouvel algorithme que DeepMind estime environ 1 600 fois meilleur que la meilleure méthode connue. Il s'agit d'une estimation théorique, pas d'une attaque mesurée.

Le second résultat concerne la factorisation simultanée de nombreuses clés de même taille. Les agents ont trouvé une méthode en lot dont la complexité asymptotique est meilleure que celle des techniques existantes ; elle réduirait d'environ 30 fois le coût moyen de chaque clé de 1024 bits supplémentaire.

Portée et limites

Aucun des comptes rendus ne fait état d'une clé 1024 bits cassée sur un système en service, et DeepMind affirme que le RSA 2048 bits, la taille employée par la plupart des déploiements actuels, n'est pas concerné. L'entreprise y voit la preuve que des agents d'IA peuvent éprouver les hypothèses cryptographiques bien plus vite que des équipes humaines seules, et plaide pour une réévaluation continue de la robustesse des schémas.

Plusieurs points restent flous : la presse ne cite aucun article ni rapport technique, si bien que les méthodes et les estimations de coût ne peuvent pas encore être vérifiées de façon indépendante, et aucune procédure de divulgation n'est décrite. Les plus exposés sont ceux qui utilisent encore des clés 1024 bits dans des appareils embarqués ou d'anciennes chaînes de certificats.

À noter : Nadia Heninger et Emmanuel Thomé cosignent un article de septembre 2026 (ePrint de l'IACR) montrant qu'un accès temporaire à un oracle de signature suffit pour falsifier des signatures RSA 1024 bits sans factoriser la clé. On ignore s'il s'agit de la référence utilisée par DeepMind.