L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES
- Dans des incidents étudiés en 2026, l'usage frauduleux de modèles a dépassé 100 000 dollars en une seule journée, et les frais cumulés ont atteint environ 1 million de dollars chez certaines victimes.
- Les attaquants testent les clés volées avec des requêtes limitées à un seul jeton de sortie, activent des services comme Amazon Bedrock ou l'API Gemini sur les comptes visés et revendent l'accès via des « LLM mixers ».
- Google recommande le moindre privilège, l'analyse des secrets dans le code, des quotas par modèle et des plafonds de dépenses, et de traiter toute activation inattendue d'un service de LLM comme un incident critique.
Le Google Threat Intelligence Group (GTIG) et Mandiant ont publié le 2 novembre un rapport sur la manière dont des criminels détournent l'accès des entreprises aux grands modèles de langage, en laissant la facture aux victimes. Cette pratique, appelée LLMjacking, avait déjà été décrite en 2024 par des chercheurs de Sysdig, qui estimaient alors qu'une attaque non détectée pouvait coûter plus de 46 000 dollars par jour. Les chiffres de Google sont plus élevés : dans certains incidents, les frais frauduleux ont dépassé 100 000 dollars en une journée, et des organisations ont cumulé près de 1 million de dollars avant que l'accès ne soit coupé.
Le déroulement des attaques
Selon le rapport, la principale porte d'entrée reste le vol d'éléments d'identité cloud : identifiants IAM, clés de comptes de service, jetons d'accès personnels GitHub et jetons de session, sans oublier les clés d'API laissées dans des dépôts de code publics.
Les attaquants vérifient ensuite quelles clés fonctionnent grâce à de minuscules requêtes limitées à un seul jeton de sortie, un volume assez faible pour échapper aux alertes d'anomalie. Google indique que, dans plusieurs cas, les victimes n'avaient même pas activé de services d'IA : les intrus ont eux-mêmes activé Amazon Bedrock ou l'API Gemini, et de lourdes factures ont suivi en quelques heures.
Le rapport cite aussi une vulnérabilité de LiteLLM, CVE-2026-40217, comme moyen d'élever ses privilèges. La fiche CVE publique, publiée en avril, la décrit comme une faille d'exécution de code à distance dans un point d'accès servant à tester des garde-fous, notée 8,8 sur 10 ; Google appelle à corriger rapidement LiteLLM et les passerelles similaires.
Un marché de revente
Une grande partie de l'accès volé alimente des « LLM mixers », des passerelles qui regroupent les clés compromises, mesurent la consommation et masquent l'origine des requêtes. Selon Google, un service baptisé Jet Night a effectué plus de 500 000 appels d'API en moins de huit heures avec des clés volées et proposait des jetons illimités pour environ 60 dollars par mois. Les incidents de cette année ont touché la finance, la distribution, la technologie et les transports en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Asie-Pacifique.
Les protections recommandées
Le GTIG conseille une gestion centralisée des secrets avec rotation automatique, des permissions minimales qui refusent explicitement les services d'IA inutiles, l'analyse automatisée des secrets dans les dépôts, des quotas par modèle et des plafonds de dépenses, ainsi qu'une authentification multifacteur résistante à l'hameçonnage. Il suggère aussi de surveiller les journaux pour repérer les sondages à faible volume et d'activer les journaux d'accès aux données, désactivés par défaut sur Google Cloud. Surtout, toute activation non autorisée d'un service de LLM doit, selon lui, être traitée comme un incident critique.
