L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES

  • D'après le Financial Times, Oracle a annulé un bail estimé à environ 7 milliards de dollars donnant à Tencent l'accès à quelque 100 000 puces IA avancées dans des centres de données d'Asie du Sud-Est.
  • Des responsables américains auraient fait part de leurs inquiétudes à Oracle, tandis que des responsables du Guangdong, province d'origine de Tencent, auraient poussé le groupe à soutenir les puces chinoises.
  • Reuters indique ne pas avoir pu vérifier immédiatement l'information ; Oracle, Tencent et la Maison-Blanche n'ont pas répondu à ses sollicitations.

Oracle a renoncé à un accord de location de puces avec Tencent, estimé à environ 7 milliards de dollars, a rapporté le Financial Times le 4 novembre en s'appuyant sur des sources proches du dossier. Selon le quotidien, cette décision fait suite à des pressions de l'administration Trump. Reuters, qui a relayé l'information, précise ne pas avoir pu la vérifier dans l'immédiat ; Oracle, Tencent et la Maison-Blanche n'ont pas répondu à ses demandes de commentaire.

Ce que prévoyait le contrat

Le FT avait révélé l'accord début octobre. Ce bail de cinq ans devait permettre à Tencent de louer de la capacité dans plusieurs centres de données d'Oracle en Asie du Sud-Est, et ainsi d'accéder à environ 100 000 puces IA avancées qu'il ne peut pas se procurer en Chine, en raison de restrictions imposées à la fois par Washington et par Pékin. Tencent devait régler environ 30 % du montant d'avance, et le FT présentait ce contrat comme la plus importante location à l'étranger du groupe chinois. Selon TNW, Tencent comptait s'en servir pour entraîner puis faire tourner des versions plus grandes de ses modèles Hunyuan. Le FT relevait à l'époque que les règles américaines d'exportation autorisent ce type de location dans le cloud à l'étranger.

Des pressions des deux côtés

D'après le FT, des responsables américains ont contacté Oracle pour exprimer leurs réserves. L'article indique aussi que Tencent a fait l'objet d'un examen côté chinois : des responsables du Guangdong, province où se trouve son siège, se seraient rendus dans l'entreprise pour lui demander de privilégier les puces fabriquées en Chine. Le poids respectif de ces deux pressions dans l'issue finale n'apparaît pas clairement.

Pourquoi c'est important

Louer de la puissance de calcul à l'étranger est devenu un moyen pour les groupes technologiques chinois d'accéder à des accélérateurs haut de gamme malgré le durcissement des contrôles à l'exportation. Investing.com rappelle que ByteDance et Alibaba conservent d'importants contrats de location auprès de fournisseurs américains, et qu'Oracle est un fournisseur majeur de ByteDance en Asie, avec plusieurs centres de données en Malaisie. L'annulation intervient au lendemain d'un autre article du FT selon lequel Nvidia demande à ses partenaires cloud de vendre l'essentiel de leur capacité hors de Chine.

Pour Oracle, le contrat Tencent faisait partie des grands engagements de long terme qui soutiennent une expansion du cloud IA financée en partie par la dette, souligne TNW ; le groupe vient de boucler une levée de 20 milliards de dollars. Si l'information se confirme, elle montre que la location à l'étranger, légale en l'état des règles, est désormais exposée à des pressions politiques informelles.