L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES
- Les propriétaires de centres de données privés doivent réserver 10 % de leurs surfaces et capacités, à fournir sous 24 heures sur ordre d'une instance gouvernementale.
- Le ministère du Développement numérique doit recenser les capacités libres et fixer des exigences de fiabilité ; le recours à des centres à l'étranger exige l'accord du FSB.
- Le décret suit les frappes d'octobre contre des sites de Yandex, Sber et VK, dont un centre qui hébergeait deux des trois supercalculateurs d'IA de Yandex.
Vladimir Poutine a signé le 2 novembre un décret qui oblige les propriétaires de centres de données privés en Russie à garder 10 % de leurs surfaces et capacités disponibles en réserve pour l'État. Le texte présente cette mesure, temporaire, comme une réponse urgente à ce qu'il qualifie d'actions inamicales de certains États étrangers. Objectif affiché : maintenir en fonctionnement les ressources informationnelles russes si des installations tombent en panne.
Ce que prévoit le décret
Selon Meduza et le service en russe de The Moscow Times, le décret est entré en vigueur immédiatement et laisse dix jours aux exploitants pour s'y conformer. Une sous-commission de la commission gouvernementale sur le développement numérique décidera quand mobiliser la réserve ; l'exploitant devra alors fournir la capacité dans un délai d'un jour. Le tarif facturé sera plafonné à un niveau fixé par cette sous-commission.
Le ministère du Développement numérique doit dresser l'inventaire des surfaces et capacités libres dans les centres non étatiques, a rapporté Reuters, cité par Ukrainska Pravda ; The Moscow Times précise qu'il devra aussi fixer des exigences de fiabilité obligatoires. Le décret autorise en outre l'utilisation temporaire de centres situés à l'étranger, mais uniquement avec l'accord du FSB, le service de sécurité. Sergueï Boïarski, président de la commission de la Douma sur la politique de l'information, y voit auprès de RIA Novosti une assurance supplémentaire en cas d'attaques extérieures.
Un enjeu pour le calcul dédié à l'IA
Le décret fait suite à une série de frappes de drones ukrainiens, en octobre, contre des centres de données de Yandex, Sber et VK. D'après Al Jazeera, l'attaque du 8 octobre a mis à l'arrêt le site de Yandex à Sassovo, dans la région de Riazan, qui abritait deux des trois supercalculateurs utilisés par l'entreprise pour développer ses modèles d'IA ; un site de la région de Kalouga a été partiellement neutralisé le lendemain. Yandex a ensuite annoncé l'arrêt d'un centre près de Vladimir après une nouvelle attaque.
The Moscow Times cite une source du Kommersant selon laquelle les trois supercalculateurs de Yandex représentent 73 % de la puissance de supercalcul du pays, Sber en assurant 23 %. Le journal reprend aussi une estimation d'IKS-Consulting : avant même les frappes, la demande non satisfaite en infrastructures de centres de données atteignait 150 à 200 mégawatts. La réserve de 10 % viendra donc s'ajouter à un marché déjà tendu.
Questions ouvertes
Le décret ne mentionne pas explicitement l'intelligence artificielle, et l'on ignore si la réserve concernera les grappes de GPU servant à l'entraînement de modèles ou surtout l'hébergement classique. Les procédures de la nouvelle sous-commission, le plafond tarifaire et la capacité réelle des exploitants à libérer de la place rapidement n'ont pas encore été rendus publics.
