L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES
- D'après The Information, des contrebandiers montent la HBM à côté de processeurs serveur d'entrée de gamme afin que l'ensemble soit classé comme processeur et non comme mémoire contrôlée.
- En Chine, des techniciens feraient fondre la soudure, récupéreraient les piles de mémoire et jetteraient les processeurs ; la HBM ainsi obtenue irait surtout aux clients de Huawei.
- Un intermédiaire cité affirme qu'une unité de HBM3E se vend environ 4 000 dollars, contre quelques centaines il y a un an ; SK hynix assure respecter les contrôles à l'exportation.
De la mémoire à haute bande passante (HBM) fabriquée par Samsung Electronics et SK hynix parviendrait en Chine grâce à une astuce d'assemblage qui exploite une faille des règles américaines d'exportation, selon un article publié le 2 novembre par The Information. Repris le 3 novembre par SBS News, Seoul Economic Daily et TechRadar, ce récit repose largement sur des intermédiaires anonymes et sur des personnes proches de la chaîne d'approvisionnement de Huawei ; il ne donne ni volumes expédiés ni chiffres de saisies.
Le mécanisme décrit
La HBM est la mémoire empilée qui alimente en données les accélérateurs d'IA. Depuis une règle américaine de décembre 2024, l'exportation vers la Chine de HBM seule au-delà d'une certaine densité de bande passante nécessite une licence. Comme l'explique TechRadar, cette règle évalue un boîtier qui combine mémoire et logique d'après sa puissance de calcul, et non d'après la mémoire qu'il contient.
Les contrebandiers en profiteraient en fixant la HBM sur un substrat à côté de processeurs serveur volontairement peu performants : le produit est alors expédié comme une puce d'entrée de gamme. TechRadar, citant The Information, indique que l'assemblage est réalisé par des sous-traitants à Taïwan, en Corée du Sud et en Asie du Sud-Est, et que les pièces transitent par Hong Kong. En Chine, des techniciens font fondre la soudure, détachent la mémoire et jettent les processeurs. Une chauffe excessive peut abîmer les piles, d'où des pertes élevées mais compensées par les marges.
Acheteurs et prix
La mémoire récupérée, surtout de la HBM3E, irait principalement aux clients de Huawei. Des sources proches de sa chaîne d'approvisionnement ont indiqué à The Information que Huawei a annoncé à certains clients que sa prochaine puce d'IA phare contiendrait une quantité importante de HBM de Samsung et SK hynix, et qu'ils devaient se procurer eux-mêmes la mémoire, le groupe ne pouvant pas l'acheter directement. Un intermédiaire d'une vingtaine d'années affirme qu'une unité de HBM3E se négocie désormais autour de 4 000 dollars, contre quelques centaines un an plus tôt. Avec six à huit unités par accélérateur, la mémoire représenterait à elle seule de 24 000 à 32 000 dollars.
Réactions et contexte
SK hynix déclare respecter les contrôles à l'exportation américains et sud-coréens et ne plus fournir Huawei depuis les restrictions américaines de 2020. Selon TechRadar, ni Samsung, ni les autorités américaines, ni le gouvernement sud-coréen ne se sont exprimés publiquement. Le site rappelle que le cabinet SemiAnalysis avait décrit en avril 2025 une filière similaire portant sur de la HBM2E plus ancienne : la méthode n'est pas nouvelle. Les médias coréens citent un précédent : TSMC a fait l'objet d'une enquête américaine en 2024 après la découverte de l'une de ses puces dans un produit Huawei.
