L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES
- Le recensement 2026 de Common Sense Media, mené auprès de 1 204 enfants américains de 9 à 17 ans, montre que 67 % ont déjà utilisé un chatbot IA, dont 58 % des 9-12 ans.
- Dans une enquête de la JED Foundation auprès de plus de 5 500 collégiens et lycéens, 57 % disent recourir à l'IA lorsqu'ils sont tristes, stressés, seuls ou débordés.
- La JED associe cet usage à un moins bon bien-être et à davantage d'antécédents d'idées suicidaires, mais sa chercheuse souligne que les données ne prouvent pas que l'IA en soit la cause.
Deux études récentes, rapprochées par la radio publique NPR le 30 octobre, éclairent l'usage des chatbots d'IA par les jeunes Américains et son lien avec leur santé mentale. Toutes deux décrivent une adoption large dès avant 13 ans, l'âge minimum de la plupart des chatbots, sans affirmer que ces outils nuisent aux enfants.
Combien de jeunes utilisent des chatbots ?
Le recensement de Common Sense Media consacré à l'usage de l'IA par les préadolescents et adolescents, publié en juin, porte sur 1 204 enfants américains de 9 à 17 ans interrogés en mars 2026 : 67 % ont déjà utilisé un chatbot, une proportion qui passe de 58 % chez les 9-12 ans à 77 % chez les 16-17 ans. Parmi les jeunes utilisateurs d'IA, 37 % disent s'en être servis pour parler de leurs émotions ou de problèmes personnels. Les jeunes qui se sentent seuls y recourent plus souvent, sans que l'on sache lequel des deux phénomènes précède l'autre.
La JED Foundation, association dédiée à la santé mentale des jeunes, a publié son propre rapport le 27 octobre. Il s'appuie sur les réponses de plus de 5 500 collégiens et lycéens de 21 établissements américains participant à ses programmes (octobre 2025 à avril 2026). Selon la JED, 58 % des élèves utilisent l'IA pour leurs devoirs et 57 % s'y tournent quand ils sont tristes, stressés, seuls ou débordés ; 12 % s'en servent comme ami ou compagnon.
Ce que montrent les données sur la santé mentale
D'après la JED, les élèves qui sollicitent l'IA dans les moments difficiles présentent une moins bonne santé mentale, un bien-être plus faible et davantage d'antécédents de pensées et de tentatives suicidaires. L'usage comme compagnon est aussi associé à plus d'anxiété, de dépression et de solitude.
L'autrice du rapport, la psychologue Kayla Anderson, a indiqué à NPR que ces données n'établissent pas de lien de causalité : on ignore si l'IA dégrade la santé mentale ou si les jeunes déjà en difficulté la recherchent davantage. Anne Maheux, psychologue du développement à l'université de Caroline du Nord, extérieure aux deux enquêtes, estime que les premiers travaux d'autres équipes suggèrent un effet dans les deux sens. Elle cite une étude non publiée où des collégiens utilisant des chatbots comme compagnons sont devenus plus solitaires au fil du temps.
Les recommandations
La JED estime que l'IA ne doit pas remplacer les adultes de confiance et demande des produits capables de repérer les signes de détresse et d'orienter les jeunes vers une aide réelle. Le recensement de Common Sense Media relève par ailleurs que 39 % des enfants ayant confié leurs émotions à une IA se sont vu proposer par le chatbot des ressources en santé mentale. Il juge non résolu le lien entre solitude et IA et appelle à poursuivre les recherches.
