L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES

  • Reuters, citant deux sources anonymes, a rapporté le 28 octobre que le DOJ s'interroge sur les effets du rachat de Hugging Face sur la concurrence.
  • Nvidia a accepté début septembre d'acheter Hugging Face pour environ 12,9 milliards de dollars et promet une plateforme ouverte et neutre vis-à-vis du matériel.
  • Nvidia et le DOJ n'ont pas commenté ; une enquête ne vaut pas constat d'infraction et peut ne déboucher sur aucune action en justice.

Le ministère américain de la Justice (DOJ) a commencé à poser des questions sur le projet de rachat de Hugging Face par Nvidia, selon un article de Reuters publié le 28 octobre, qui s'appuie sur deux personnes au fait du dossier. Bloomberg a relayé l'information et CNBC l'a confirmée de son côté. Ni le DOJ ni Nvidia ne l'ont confirmée publiquement : il s'agit donc d'un examen rapporté par la presse, pas d'une procédure officiellement annoncée.

Ce que chercherait à savoir le DOJ

D'après ces articles, les enquêteurs veulent savoir si la possession de Hugging Face permettrait à Nvidia de contrôler un point de distribution central des modèles d'IA, et s'il pourrait se servir de la plateforme pour désavantager des fabricants de puces ou des développeurs de modèles concurrents. Ces questions s'inscriraient dans une enquête plus large, ouverte depuis plusieurs années sous l'administration Biden, sur les pratiques de Nvidia : acquisitions, participations dans d'autres sociétés et méthodes de vente, y compris d'éventuelles pressions sur les clients.

Les médias décrivent une enquête préliminaire, pas une contestation formelle. Ils ne précisent pas si le DOJ a envoyé une « second request », la demande qui ouvre un examen approfondi d'une fusion. Comme le rappelle PYMNTS, une enquête n'est pas une preuve d'infraction et peut ne mener à aucune poursuite. Nvidia n'a pas souhaité commenter, Hugging Face n'a pas répondu et le DOJ a invoqué sa règle de ne pas s'exprimer sur les dossiers en cours.

L'accord et la promesse de neutralité

Nvidia a annoncé l'accord le 3 septembre. Le montant total avoisine 12,9 milliards de dollars : environ 11,9 milliards pour l'entreprise, plus une enveloppe d'actions de fidélisation pouvant atteindre 1 milliard pour les salariés qui rejoindront Nvidia. La clôture est attendue au premier semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires. Ce serait la plus grosse acquisition classique de Nvidia, devant Mellanox en 2019.

Hugging Face héberge des millions de modèles et de jeux de données ouverts et fonctionne avec du matériel concurrent de celui de Nvidia. Son PDG, Jensen Huang, assure que la plateforme restera ouverte et qu'aucune puce Nvidia ne sera exigée pour y développer ou y déployer des modèles. Le cofondateur Clément Delangue et son équipe doivent rester en place.

Une surveillance plus large

Cette enquête s'ajoute à d'autres interrogations sur les opérations de Nvidia. Bloomberg a rapporté en septembre que le DOJ se demandait si l'accord de licence et de recrutement de 20 milliards de dollars conclu avec Groq avait été conçu pour échapper au contrôle des fusions. Nvidia fait aussi l'objet d'une enquête antitrust en France. La suite dépendra sans doute de la façon dont les autorités jugent le rôle de Hugging Face comme carrefour neutre de l'IA open source.