L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES

  • Les travailleurs probablement évincés par l’IA depuis 2025 ont mis environ un mois de plus à retrouver un emploi et avaient environ 10 points de pourcentage de risque en plus d’être au chômage un an après.
  • Les 35 ans et plus ont eu besoin d’environ cinq semaines supplémentaires pour retrouver un temps plein, contre environ trois semaines pour les moins de 35 ans.
  • Les données d’enquête n’indiquent pas si l’IA a causé la perte d’emploi : Goldman s’appuie sur un score estimé.

Une note de recherche de Pierfrancesco Mei, économiste chez Goldman Sachs, relayée par Fortune le 30 octobre, indique que les salariés américains ayant perdu un emploi probablement touché par l’intelligence artificielle ont plus de mal à retrouver du travail que les autres personnes licenciées. Mei juge l’ampleur de cet effet comparable à celle des précédentes vagues de changement technologique, dont les travaux antérieurs de la banque montraient qu’elles laissaient des traces durables sur les carrières.

Ce que montre la note

D’après Fortune, les travailleurs probablement évincés par l’IA depuis 2025 ont eu besoin d’environ un mois de plus que les autres licenciés pour retrouver un poste. Ils avaient aussi environ 10 points de pourcentage de probabilité en plus d’être encore sans emploi un an après leur licenciement.

L’âge pèse dans la balance. Dans ce groupe, les 35 ans et plus ont mis environ cinq semaines de plus à retrouver un emploi à temps plein, contre environ trois semaines de plus pour les moins de 35 ans. Fortune ajoute qu’une fois réembauchés, ces travailleurs, en particulier les plus âgés, rejoignent souvent des postes au moins aussi exposés à l’IA que le précédent.

Comment l’estimation a été construite

L’analyse repose sur le supplément « travailleurs déplacés » de la Current Population Survey, qui couvre plus de 15 000 personnes ayant perdu leur emploi entre 2016 et 2025. Comme l’enquête ne demande jamais si l’IA est à l’origine d’un licenciement, Goldman a construit un score combinant l’exposition du métier à l’IA, l’adoption de l’IA dans le secteur et la suppression ou non du poste. Les 30 % les plus élevés sur ce score ont été considérés comme probablement remplacés par l’IA. Pour les pertes d’emploi antérieures à 2023, la banque n’a pas constaté d’écart significatif entre ce groupe et les autres.

La méthode est indirecte, et AI Weekly relève que la note ne détaille pas les délais par profession. Il s’agit donc d’une estimation, et non d’un décompte direct des licenciements causés par l’IA.

Un contexte plus large

Les travaux antérieurs de Goldman, fondés sur des données remontant à 1979, avaient montré que les personnes évincées par la technologie voyaient leurs revenus réels progresser plus lentement et couraient durablement plus de risques de retomber au chômage. Fortune met ces résultats en regard de données publiques recensant 7,4 millions de travailleurs déplacés en 2023-2025, contre 6,3 millions lors de l’enquête précédente. D’autres recherches sont plus nuancées : Fortune cite une étude du Stanford Digital Economy Lab, qui attribue surtout la baisse d’emploi des jeunes dans les métiers exposés à un recul des embauches, et des travaux du Yale Budget Lab qui ne trouvent pas de lien clair entre exposition à l’IA et évolution du chômage.