L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES
- L'actionnaire Phil Rosen a déposé le 30 octobre, devant un tribunal fédéral de Chicago, une plainte dérivée de 79 pages visant 13 administrateurs et dirigeants d'Alphabet, dont Sundar Pichai, Larry Page et Sergey Brin.
- Elle affirme que Google a entraîné Lyria, MusicLM et des produits vocaux comme Gemini Live sur de la musique protégée et des voix enregistrées, sans licence ni le consentement exigé par la loi de l'Illinois sur les données biométriques.
- La plainte vise aussi les documents de procuration et 169,6 milliards de dollars de rachats d'actions ; les dommages iraient à Alphabet, et aucune réaction de Google n'a été rapportée.
La bataille judiciaire sur l'entraînement des modèles d'IA atteint désormais le conseil d'administration d'Alphabet. Le 30 octobre, l'actionnaire Phil Rosen a déposé une plainte de 79 pages devant le tribunal fédéral du district nord de l'Illinois, à Chicago, contre 13 administrateurs et dirigeants du groupe, selon Music Business Worldwide (MBW) et Bloomberg Law.
Ce que dit la plainte
Parmi les défendeurs figurent le PDG Sundar Pichai, les cofondateurs Larry Page et Sergey Brin, le président du conseil John L. Hennessy et six autres administrateurs, ainsi que la directrice financière Anat Ashkenazi, la présidente Ruth Porat et le directeur juridique Kent Walker. D'après MBW, la plainte soutient qu'ils ont choisi de construire l'IA de Google sur des œuvres protégées et des voix humaines, en préférant payer des dommages plus tard plutôt que négocier des licences au départ.
La musique occupe une place centrale. Le texte affirme que Google a copié des millions d'enregistrements, de compositions et de paroles pour développer ses modèles Lyria (versions 1 à 3), Mulan et MusicLM, en découpant l'audio en extraits et en supprimant les informations relatives aux droits. Il rappelle que MusicLM, présenté en janvier 2023, aurait été entraîné sur environ 280 000 heures d'audio dont l'origine n'a jamais été précisée. La plainte accuse par ailleurs Google d'avoir conçu des produits vocaux comme Gemini Live à partir de centaines de milliers d'heures de parole enregistrée, sans le consentement écrit qu'impose la loi de l'Illinois sur la protection des données biométriques (BIPA), qui couvre les empreintes vocales.
Gouvernance et rachats d'actions
Bloomberg Law indique que le conseil est accusé d'avoir induit les investisseurs en erreur dans ses documents annuels. Selon MBW, la plainte cite une déclaration de procuration de 2024 décrivant la supervision de l'IA par le conseil, passage retiré par la suite, ainsi qu'une description de 2025 du système de suivi des données de Google qu'elle juge fausse. Elle affirme aussi qu'Alphabet a racheté 1,147 milliard d'actions pour 169,6 milliards de dollars entre avril 2023 et novembre 2025, à des cours gonflés par ces déclarations contestées.
Le sens d'une action dérivée
Phil Rosen agissant au nom d'Alphabet, les éventuels dommages et intérêts reviendraient à l'entreprise et non à lui. La plainte demande aussi la restitution de rémunérations et un contrôle renforcé du respect du droit d'auteur et de la BIPA. Ces accusations n'ont pas été examinées par un juge, et aucun des médias cités ne rapporte de réaction de Google. MBW souligne qu'une partie du volet musical reprend une action collective de musiciens indépendants déposée en mars devant le même tribunal, dont Google demande le rejet, et qu'une action dérivée similaire a visé la direction d'Apple en août.
