L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES

  • L'Australian Guild of Screen Composers a lancé sa campagne Human Made aux Screen Music Awards de Brisbane le 28 octobre ; les participants portaient des badges ©.
  • Antony Partos, qui mène la campagne, estime que les entreprises d'IA doivent obtenir des licences et rémunérer les créateurs volontaires au lieu d'entraîner leurs modèles sans autorisation.
  • APRA AMCOS a estimé que l'IA générative pourrait menacer 227 millions de dollars australiens de revenus des créateurs musicaux d'Australie et de Nouvelle-Zélande en 2028.

Les compositeurs australiens de musique de film et de télévision ont profité de leur grande soirée professionnelle pour parler d'intelligence artificielle. Aux Screen Music Awards d'APRA AMCOS, organisés le 28 octobre au Fortitude Music Hall de Brisbane, l'Australian Guild of Screen Composers (AGSC) a lancé une campagne baptisée « Human Made », dirigée contre l'utilisation non autorisée d'œuvres pour entraîner des systèmes d'IA.

Ce que réclame la campagne

La campagne est menée par le compositeur Antony Partos, cofondateur du studio sydnéen Sonar Music et président du comité des relations professionnelles de l'AGSC. Compositeurs, musiciens et professionnels arboraient des badges en forme de disque frappés du symbole ©, et certains y avaient ajouté un pin's « Human Made », rapportent ArtsHub et The Music Network.

La revendication centrale de Partos est une licence fondée sur le consentement : si les développeurs d'IA ont besoin d'œuvres protégées, ils doivent négocier une autorisation et rémunérer les créateurs qui acceptent d'y participer. Il précise à ArtsHub que la campagne vise l'affaiblissement du droit d'auteur, non l'IA en elle-même. Son mot d'ordre, rapporté par The Music Network : « Australian creativity is not free training data » (la créativité australienne n'est pas une donnée d'entraînement gratuite). Il affirme aussi qu'APRA AMCOS, qui gère les licences et les droits musicaux, n'a pas été consultée sur les changements à l'étude.

Les inquiétudes des compositeurs

Partos explique à ArtsHub qu'un système d'IA peut apprendre les harmonies, l'orchestration et le style propres à un compositeur, puis produire une musique exploitable commercialement sans copier une œuvre précise. Il ajoute que des compositeurs de Sonar Music se sont vu demander de recréer des musiques publicitaires générées par IA afin que les productions puissent revendiquer une paternité humaine.

L'enjeu financier est réel : selon ArtsHub, redevances et licences peuvent représenter 70 % à 80 % des revenus annuels d'un compositeur. APRA AMCOS, qui représente plus de 100 000 auteurs, compositeurs et éditeurs en Australie et en Nouvelle-Zélande, estimait dans un rapport de 2024 que l'IA générative pourrait menacer 227 millions de dollars australiens de revenus des créateurs musicaux des deux pays sur la seule année 2028, et 519 millions en cumulé de 2024 à 2028, selon Digital Music News. L'organisme a proposé un cadre de licences volontaires pour l'entraînement de l'IA.

Le contexte politique

La campagne intervient alors que le gouvernement fédéral étudie des modifications du droit d'auteur australien pour faire de la place au développement de l'IA, indique The Music Network. Aucun des deux médias ne détaille les amendements envisagés ni le calendrier d'une décision : l'issue de ce processus reste donc ouverte.