L'ESSENTIEL EN 30 SECONDES

  • Le chiffre de 400 milliards de livres, repris pendant environ deux ans par des ministres et des agences, venait d'un rapport de 2023 du cabinet Public First (devenu PF Global), commandé par Google, selon le ministre.
  • L'estimation du gouvernement va de 55 à 140 milliards de livres d'ici 2030, avec un scénario central à 120 milliards, jugé « extrêmement incertain » par Kanishka Narayan.
  • La réponse ne retire pas le chiffre de 400 milliards ; selon WIRED, les ministres disposaient de l'estimation plus basse depuis au moins novembre 2025.

Pendant près de deux ans, ministres et organismes publics britanniques ont affirmé que l'intelligence artificielle pourrait apporter 400 milliards de livres à l'économie du pays. Une réponse écrite au Parlement du ministre de l'IA, Kanishka Narayan, rapportée par WIRED le 4 novembre, précise désormais l'origine de ce chiffre et le compare aux projections du gouvernement lui-même.

Ce qu'a dit le ministre

Interrogé par le député Ben Spencer sur les éléments justifiant les 400 milliards associés au plan d'action du gouvernement sur l'IA, Kanishka Narayan a répondu que ce montant était tiré d'un rapport public de 2023 réalisé par le cabinet Public First et commandé par Google. Public First exerce aujourd'hui sous le nom de PF Global.

Les calculs du gouvernement sont nettement plus modestes : l'adoption de l'IA et les investissements dans les données pourraient ajouter entre 55 et 140 milliards de livres d'ici 2030, avec une estimation centrale de 120 milliards. Le ministre juge ces chiffres « extrêmement incertains ». Selon Resultsense, une note méthodologique liée aux réponses applique des courbes d'adoption aux estimations de productivité de l'OCDE ; elle ne mentionne pas elle-même 120 milliards, et son scénario médian détaillé aboutit à 117 milliards. Ben Spencer a depuis demandé comment le chiffre central avait été obtenu.

Pourquoi c'est important

D'après WIRED, c'est la première fois que le gouvernement met les deux chiffres côte à côte ou reconnaît que le plus élevé provient d'une étude commandée par Google. Le magazine indique que les ministres disposaient de l'estimation basse depuis au moins novembre 2025, alors que Skills England publiait encore les 400 milliards environ quatre mois plus tard. Resultsense ajoute que Lord Holmes of Richmond dit avoir interrogé le gouvernement sur l'origine du chiffre en janvier 2025, sans obtenir de réponse.

La réponse ne retire pas le chiffre de 400 milliards et ne le qualifie pas d'erroné. Le financement de l'étude par Google, qui a des intérêts commerciaux dans l'adoption de l'IA, ne suffit pas à invalider l'analyse, mais c'est un élément de contexte utile pour un chiffre employé à l'appui de politiques publiques.

La position du cabinet

Jonathan Dupont, responsable de l'économie chez PF Global, explique que l'écart tient en partie aux hypothèses d'adoption plus lentes retenues par le gouvernement, et que le modèle de 2023 supposait une diffusion plus rapide que celle observée. Le cabinet affirme que son estimation centrale actuelle pour 2030 est bien plus proche de celle du gouvernement. WIRED dit avoir sollicité le Cabinet Office et Google. Reste à savoir comment le chiffre central de 120 milliards a été calculé, puisque la note publiée ne le fait pas apparaître directement.